Mobilité, climat, et alternatives : promesses et paradoxes d’un projet ferroviaire XXL
Un vecteur de report modal ?
L’argument central reste la transformation des mobilités et la massification du report modal de la voiture ou de l’avion vers le train, réputé économe en émissions de CO₂. Sur ce point, quelques repères :
- 130 000 passagers supplémentaires attendus dès la mise en service annuelle de la ligne (SNCF Réseau, 2022).
- Objectif « 16 % de report modal depuis l’avion » : la SNCF table sur un basculement d’environ 1,2 million de voyageurs aériens annuels vers le train (La Dépêche).
- Le secteur aérien Paris-Toulouse représente encore 1,5 million de passagers par an en 2022 (DGAC), soit la première liaison française.
- En 2023, 83 % des trajets Toulouse-Bordeaux se font en voiture ou covoiturage (INSEE/Toulouse Métropole).
La LGV permet donc a priori une forte réduction de l’empreinte carbone, surtout si la desserte est densifiée, l’offre attractive, et l’intermodalité améliorée. Mais l’objectif climatique ne sera tenu que si les offres tarifaires restent accessibles et si les dessertes régionales (TER, Intercités) sont renforcées pour éviter un « effet tunnel » entre les métropoles.
Un choix contesté au regard de l’urgence climatique
- Bilan carbone du chantier : la phase de construction s’accompagne d’un important « pic carbone »: selon Réseau Action Climat, 5 à 10 ans sont nécessaires pour que la LGV compense ses émissions, avant que le bénéfice net n’apparaisse sur le long terme.
- Des alternatives ferroviaires : certains collectifs plaident pour une amélioration du réseau existant (Ligne POLT, Intercités), moins coûteuse et plus rapide à mettre en œuvre.
- Le financement même de la LGV est pointé du doigt par la Cour des Comptes (rapport 2022) : surcharge budgétaire pour l’État et les collectivités, risque de sous-financement d’autres projets de mobilité du quotidien.
Enfin, la modélisation du trafic pose question : l’expérience des LGV précédentes montre que l’essor du train peut aussi générer de nouveaux déplacements, non substitutifs, alimentant ainsi la croissance globale de la mobilité plutôt que la décarbonation pure.