Comprendre les trajets combinés : bien plus qu’un concept de mobilité

Le terme “trajet combiné” (ou “intermodalité”, voire “multimodalité”) désigne l’enchaînement, lors d’un même déplacement, de plusieurs modes de transport. Un usager peut ainsi marcher jusqu’à une station de tramway, rouler quelques stations, prendre un bus puis finir son déplacement à vélo ou en trottinette en libre-service. Cette mosaïque de mobilités, qui répond à la complexité croissante des besoins urbains, est au cœur des politiques actuelles en Europe. À Toulouse, comme dans la plupart des métropoles françaises, 30 à 40 % des résidents quotidiens pratiquent déjà, ponctuellement ou régulièrement, des trajets utilisant au moins deux modes (source : Enquête mobilité des personnes, Insee, 2021).

L’avènement des applications de mobilité : repenser le “premier et dernier kilomètre”

La massification des smartphones et la multiplication des plateformes de mobilité urbaine marquent une rupture dans nos façons d’organiser nos déplacements. D’anciennes barrières tombent : horaires, temps d’attente, absence de correspondances optimisées. Les applications de mobilité jouent un rôle décisif dans la prise en charge du “premier” et du “dernier kilomètre” – là où beaucoup de trajets se décident ou se bloquent.

  • Guidage en temps réel : Moovit, Citymapper, la nouvelle appli Tisséo à Toulouse ou encore SNCF Connect offrent l’accès à l’état du trafic, à la capacité des véhicules et aux incidents en temps réel.
  • Tarification intégrée : Plus besoin de multiplier les billets : l’application Bonjour RATP à Paris ou l’abonnement unique de Lyon (TCL) autorisent la transition entre métro, bus, tram, vélo et parfois covoiturage dans un même parcours tarifaire.
  • Recherche intelligente d’itinéraires : Les itinéraires calculés s’adaptent désormais aux préférences individuelles : “trajet le plus rapide”, “trajet le plus économique”, “trajet avec le moins de correspondances”.

Le résultat ? Selon une étude du Laboratory for Urban Mobility Systems, l’usage de solutions digitales permet de réduire la durée perçue et l’incertitude de 20 à 30 % par rapport à un trajet construit “à l’ancienne” (source : Transport Research Arena, 2022).

Une diversité d’offres et de partenaires : mobilité partagée et intégration

Les applications n’agissent plus seules, elles fédèrent porteurs de solutions et écosystèmes ouverts. À Toulouse Métropole, la galaxie des offres s’est étoffée – et complexifiée – en moins de 10 ans :

  • Tisséo (métro, tram, bus, navette aéroport, vélo en libre-service)
  • Covoiturage urbain (Karos, BlaBlaCar Daily)
  • Mobilités douces : vélos électriques (VélôToulouse, Pony), trottinettes, bientôt scooters partagés
  • Parking relais et autopartage (Citiz, Yea!)

Le défi, pour les applications, est d’intégrer ces multiplicité d’acteurs dans une expérience utilisateur fluide. Les plateformes dites “MaaS” (Mobility as a Service) proposent ainsi un guichet unique qui va de la recherche d’itinéraire à la réservation et au paiement, en passant par le suivi des véhicules.

En 2023, 13 % des utilisateurs réguliers d’applications de mobilité françaises déclaraient combiner au moins trois modes au cours de leur semaine, contre 8 % en 2019 (source : Baromètre FNAUT, 2023). Le phénomène n’est pas neutre : en Ile-de-France, le service Navigo “Easy” a vu son nombre d’utilisateurs multimodaux augmenter de 30 % en deux ans grâce à l’intégration de nouvelles offres (source : Ile-de-France Mobilités).

Applications de mobilité : cartographie des fonctionnalités clés

Fonctionnalité Bénéfice pour l’usager Exemples d’applications
Recommandation d’itinéraires mixtes Optimisation du temps et du coût, découverte de nouveaux modes Citymapper, Moovit
Multi-réservation et paiement Gain de temps, fluidification des correspondances Bonjour RATP, SNCF Connect, Whim (Helsinki)
Détection de véhicules partagés à proximité Réactivité, réduction du temps d’attente Pony, Tisséo Vélo, Bolt
Indicateurs de charge et de disponibilité en temps réel Ajustement des choix en cas d’affluence ou panne de service Nextbus, Tisséo, IDFM
Suggestions “environnementales” Prise de conscience des émissions, contribution à la mobilité douce Cargonautes, Geco Air

Vers l’effacement du “point de friction” : réduire les obstacles à l’intermodalité

Si l’usager adopte réellement un trajet combiné, c’est souvent par pragmatisme : éviter la congestion, gagner du temps, limiter le stress du stationnement ou de la correspondance. Les applications de mobilité travaillent à l’effacement de plusieurs grands obstacles identifiés par l’Ademe en 2022 :

  • Complexité perçue : Multiplier les informations et billets nuit à la simplicité. L’intégration tarifaire et la centralisation des itinéraires sont clés.
  • Fiabilité : Un changement de mode impose une confiance forte dans la synchronisation des horaires. Les mises à jour en temps réel comblent cette lacune.
  • Inclusion numérique : Dans la métropole toulousaine, 16 % des actifs déclarent être “mal à l’aise” avec l’usage d’applications de mobilité (Porteur de parole, Atelier Cité 2023). Des efforts d’accessibilité et un accompagnement humain demeurent nécessaires.

Il existe aussi des effets paradoxaux. Ainsi, la grande variété de solutions peut complexifier le passage à l’action pour des personnes âgées, ou occasionner de nouveaux “angles morts” pour les périphéries peu desservies. La fabrique de la mobilité combinée ne saurait donc ignorer la question sociale et territoriale.

Impact sur la mobilité urbaine et transition écologique : enseignements et perspectives

Les bénéfices potentiels de la massification des trajets combinés orchestrés par les applications de mobilité sont bien documentés :

  • Réduction de l’autosolisme : Les outils numériques peuvent réduire l’usage exclusif de la voiture individuelle de 10 à 20 %, selon la fréquence de l’offre combinée (source : Observatoire européen du MaaS, 2023).
  • Optimisation des flux : Les déplacements intermodaux permettent de désaturer les lignes structurantes aux heures de pointe, en favorisant des trajets “hors standard”.
  • Décloisonnement territorial : Les plateformes encouragent une mobilité transversale (ex : suburbain-suburbain) qui reste un angle mort du tissu toulousain, où 57 % des trajets domicile-travail ne passent pas par le centre-ville (Insee, 2021).
  • Bilan environnemental : Une étude menée à Lyon montre que la démocratisation de l’application “MaaS” TCL a permis de réduire les émissions de CO2 de 8 % sur les itinéraires comportant au moins une correspondance douce (GLTM, 2022).

Mais la situation n’est ni homogène, ni linéaire. Le foisonnement d’initiatives privées (multitude de trottinettes ou d’applications de scooters) peut générer des surcoûts cachés, parfois augmenter la congestion sur les trottoirs ou faire échouer l’intermodalité en raison d’une mauvaise coordination avec les transports publics.

Le défi des données : une gouvernance partagée à inventer

Les applications de mobilité sont fondées sur le partage et l’agrégation de données, personnelles mais aussi d’opérateurs privés et publics. C’est à ce point d’articulation que se joue l’équilibre entre ouverture à l’innovation et régulation :

  • L’open data, imposé par la loi LOM (Loi d’Orientation des Mobilités) en France, contribue à démocratiser l’accès à l’information et favorise l’émergence d’écosystèmes ouverts.
  • La question du “verrouillage” par des GAFAM ou de gros opérateurs (ex. Google Maps, qui concentre plus de 70 % des requêtes d’itinéraires) reste vive selon l’Autorité de la concurrence.
  • L’enjeu de la souveraineté des données territoriales préoccupe de plus en plus les collectivités, soucieuses d’encourager des logiques de coopération plutôt qu’une atomisation concurrentielle ou l’exclusion de certains publics (ex : passagers sans smartphone).

À chaque phase d’intégration ou d’ouverture, la barrière technique s’estompe, mais la gouvernance sociotechnique devient cruciale : quelles finalités pour la donnée, quels droits pour les usagers, quel modèle économique sous-jacent ?

Ce qui arrive : innovation, intégration territoriale et nouveaux usages

Le paysage de la mobilité évolue vite, mais son dynamisme s’accompagne de chantiers nouveaux. Déjà, les applications de mobilité cherchent à aller plus loin :

  • Hyper-personnalisation des trajets : intégration d’offres de mobilité à la demande, recommandations basées sur les habitudes et le contexte météo.
  • Récompense des pratiques responsables : certaines villes scandinaves testent la gamification (bonus pour les modes verts), prémisse d’incitations numériques à Toulouse ?
  • Applis inclusives : accessibilité pensée pour les personnes en situation de handicap, intégration de signalements “environnement piétonnier hostile”.
  • Mobilité rurale et périphérique : expérimentation de plateformes de transport à la demande, ces “Uber collectifs” qui adressent les “trous noirs” des réseaux fixes (voir, sur le Lauragais, le service MOBIL’ACTIF).

Plus globalement, la diffusion des applications de mobilité anticipe une forme de “citoyenneté multimodale” : demain, tout habitant de la métropole sera potentiellement un “assembleur” de parcours, choisissant ses modes non plus seulement en fonction de contraintes, mais d’un arbitrage démocratisé et diversifié.

La trajectoire des mobilités à Toulouse (et ailleurs) s’esquisse donc entre promesse et vigilance : la fluidité digitale ouvre des possibles mais doit rester inclusive, sobre et pensée pour les défis réels de la ville et de ses habitants.

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